Traduction du projet
Genèse 1 · Version 0.9
Genèse 1 — Le commencement comme relation
La création comme don rythmé
Traduction
[1] Au commencement, le Mystère créa le ciel et la terre. [2] La terre était chaos et vide, et l'obscurité couvrait l'abîme — et le souffle de vie du Mystère planait au-dessus des eaux. [3] Alors le Mystère dit : « Que la lumière soit ! » — et la lumière fut. [4] Le Mystère vit la lumière : elle était bonne. Et le Mystère sépara la lumière de l'obscurité. [5] Le Mystère appela la lumière « jour » et l'obscurité « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin — le premier jour.
[…]
[27] Ainsi le Mystère créa l'être humain comme son vis-à-vis : comme vis-à-vis du Mystère il le créa. Homme et femme il les créa. [28] Et le Mystère les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et prenez-en soin — pour les poissons de la mer, pour les oiseaux du ciel et pour tout ce qui vit et se meut sur la terre. »
[…]
[31] Et le Mystère vit tout ce qu'il avait fait : et voici — cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin — le sixième jour.
Remarques
- « le Mystère » — hébr. אֱלֹהִים (Elohim). Selon le 3.5, aucune image fixe de Dieu n'est arrêtée ; ce nom de forme plurielle est ici rendu par « le Mystère ».
- « chaos et vide » — hébr. תֹהוּ וָבֹהוּ (tohu wa-bohu) : un couple de mots qui riment, pour ce qui n'est pas encore ordonné. Non pas « le néant », mais l'informe.
- « souffle de vie » — hébr. רוּחַ (ruach) : souffle, vent et esprit à la fois. « Souffle de vie » retient la dimension physique que « esprit » perd.
- « comme son vis-à-vis » — hébr. בְּצַלְמוֹ (b'tzalmo), traditionnellement « à son image ». L'interdit des images (2.9) valant aussi pour la traduction, le sens relationnel est retenu : l'être humain se tient devant Dieu comme un véritable Toi.
- « prenez-en soin » — hébr. וְכִבְשֻׁהָ (w'chivshuha) est un mot dur (« soumettez-la »). La note s'impose ici plutôt qu'un adoucissement silencieux : le texte parle depuis un monde agraire où défendre la terre contre la friche était une question de survie. Le rendre par la domination contredirait le 2.2 ; la traduction retient donc « prenez-en soin », et cette décision est nommée ici au lieu d'être dissimulée (3.6).
Portée théologique
Le chapitre n'est pas un rapport sur le comment de la venue au monde, mais un hymne sur son pourquoi. Son rythme — parler, voir, nommer, bénir — décrit la création comme un don, non comme un labeur. Tout ce qui est créé est déclaré bon avant que le moindre être humain ait fait quoi que ce soit. C'est l'indicatif avant l'impératif (2.10) : l'appartenance vient d'abord, la tâche en découle.